Le coût de ma neutralité

Par Jorj Helou, CRHA, PCC et Janine Karam

Autour de la machine à café chez un client, j’entends la même chose que dans mon organisation: « De toute façon, ça ne changera rien », « Je reste neutre, c’est plus safe », « Je préfère rester au-dessus de la mêlée ».

Le problème n’est pas de refuser d’être partisan, mais de croire que la neutralité protège. En réalité, « rester neutre » n’est pas une absence de position: c’est un choix stratégique qui me rend souvent complice de décisions que je n’assume pas et invisible dans les moments où ma voix compte.

En période électorale comme en entreprise, la neutralité profite d’abord à ceux qui détiennent le pouvoir ou la voix la plus forte. Si je tais mes convictions ou refuse de me positionner sur un projet controversé pour éviter les vagues, j’envoie un message clair à mon équipe: sur les sujets importants, ils ne peuvent pas compter sur moi.

Résultat: ma crédibilité s’érode, on me voit comme un simple messager, et je risque de perdre de vue mes propres repères.

 


 

Trois visages de la neutralité qui me coûtent cher

  1. Ce n’est pas moi, ça vient d’en haut!

Je transmets les directives sans remettre en question. Sauf qu’en appliquant des décisions que je peine à expliquer à mon équipe, je deviens invisible lorsqu’il faut défendre nos priorités.

  1. L’éviteur de problèmes

Je fuis les sujets sensibles, croyant protéger mon équipe. Or, mes collaborateurs perçoivent les non-dits: pour éviter un inconfort à court terme, je crée un climat de méfiance durable.

  1. Je suis là pour la technique, pas pour la politique

Je me réfugie dans le fond et la qualité, en répétant que « la politique, c’est pour les autres ». Je me plains ensuite d’être exclu des arbitrages stratégiques alors que j’ai moi-même choisi de quitter l’arène.

 


 

Trois mouvements pour sortir de la neutralité sans devenir partisan

Sortir de la neutralité ne veut pas dire devenir un joueur politique agressif, un manipulateur, ou un militant. Ça veut dire: être clair sur ce qui compte pour moi, et l’assumer.

  1. Je définis mes principes sans choisir un camp

Ma posture n’est pas d’éviter les désaccords, mais de poser des lignes directrices claires pour apporter de la clarté lorsque les choix sont difficiles.

  1. Je choisis 2 ou 3 combats stratégiques

Je ne choisis pas 15 batailles. Je sélectionne deux ou trois sujets où la neutralité fait trop de mal (ex. éthique, reconnaissance de l’équipe, clarté des priorités) et j’y fais entendre ma voix.

  1. J’assume le prix de la clarté

Se positionner peut créer des tensions inconfortables, mais l’évitement a aussi un prix. Je n’ai pas à avoir réponse à tout, mais savoir, nommer et défendre ce qui compte.

 


 

Dans quelques jours, la période électorale prendra fin. Des décisions seront prises et de nouvelles priorités émergeront.

Dans nos organisations comme ailleurs, les virages, les arbitrages et les réalignements sont inévitables. Il y aura toujours des sujets sur lesquels on sollicitera mon avis, et d’autres où l’on décidera sans moi.

L’enjeu n’a jamais été de « faire de la politique », mais d’assumer l’empreinte que je choisis de laisser. La vraie question ne sera pas: « De quel côté suis-je? », mais plutôt:

« Qu’est-ce que mon silence permet? »

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