Les baby-blues des nouveaux gestionnaires

Par Jorj Helou, CRHA, PCC et Janine Karam

Si on filmait de près le visage d’un nouveau parent qui change la première couche de son bébé ou d’un nouveau gestionnaire qui anime sa première réunion d’équipe, on verrait exactement le même regard : un mélange héroïque de confiance absolue et de panique intérieure totale.

Bienvenue dans le monde fascinant de la transition. Qu’on vienne d’accéder à un rôle de gestionnaire ou d’accueillir un nouveau-né, le choc initial est identique. On s’attendait à recevoir un manuel d’instructions secret avec la promotion, mais on réalise vite que le fameux guide est invisible et que personne ne l’a jamais reçu. On entre alors officiellement dans l’ère de l’improvisation stratégique permanente.

 


 

Le sommeil : concept théorique avancé

Le parent apprend à fonctionner en micro-siestes, survivant entre deux pleurs imprévisibles. Le gestionnaire découvre que « soirée tranquille » est une expression purement utopique, généralement balayée par un courriel qui commence par : « Petite question rapide… ».

Dans les deux cas, le temps personnel devient un concept hautement théorique, coincé quelque part entre la dernière réunion de fin de journée et le dernier biberon de la nuit.

 


 

Le club sélect des conseils non sollicités

Le parent reçoit des recommandations diamétralement opposées sur l’allaitement, les purées et la seule « bonne » méthode pour endormir un enfant. Le gestionnaire, lui, est inondé de conseils sur « la bonne façon de mobiliser une équipe », souvent prodigués par des gens qui ne gèrent surtout… que leur propre opinion (moi incluse !).

 


 

Le « baby blues » de la transition

Chez le nouveau parent, c’est ce moment flou où tout est intense, déstabilisant, et où une partie de soi regarde l’époque d’avant avec une pointe de nostalgie.

Chez le nouveau gestionnaire, c’est étonnamment similaire. Il y a cette nostalgie discrète des dossiers qu’on maîtrisait sur le bout des doigts, de ces petites réussites rapides, concrètes, bouclées en une heure.

Alors, par réflexe (et pour se rassurer), on tente de garder un pied dans l’opérationnel : on répond aux courriels techniques, on règle les micro-problèmes, on veut tout faire soi-même. Comme si notre ancienne identité refusait de quitter les lieux. Sauf que la réalité finit par s’imposer : si on fait encore tout le travail, on ne gère plus une équipe… on devient juste le goulot d’étranglement officiel.

 


 

Les victoires (extra)ordinaires

Le parent célèbre une sieste de deux heures d’affilée comme un exploit digne des Jeux olympiques. Le gestionnaire, lui, fête ce moment rare où une nouvelle assignation est reçue avec enthousiasme… et sans la phrase : « Juste pour clarifier, c’est vraiment prioritaire ? ».

 


 

La désillusion du contrôle

Le moment arrive toujours où une vérité s’impose doucement : le contrôle total était une magnifique illusion présentée sur papier. Le bébé pleure sans logique apparente. L’équipe réagit de façon humaine, donc parfaitement imprévisible. On comprend enfin que les plans servent surtout à rassurer celui qui les rédige : car même après avoir tout anticipé, l’équipe arrive avec une nouvelle revendication qu’aucun tableau n’avait prévue.

 


 

Et malgré tout… on avance

Et pourtant, ils tiennent le coup. Pas parfaitement. Pas sereinement. Mais avec un engagement obstiné, un peu fatigué, et beaucoup d’humour.

Le parent regarde son bébé et se dit : « Je ne comprends rien, mais je suis là. » Le gestionnaire regarde son équipe et pense : « Je ne sais pas tout… mais on va avancer ensemble. »

 


 

L’art de grandir en même temps

Au bout du compte, la vraie transition ne s’écrit ni dans l’agenda ni sur une carte professionnelle, mais dans la posture. Passer d’expert à gestionnaire, tout comme passer d’individu à parent, demande de faire le deuil de sa propre performance immédiate pour se consacrer à celle des autres. C’est un saut dans le vide qui demande de troquer ses anciennes certitudes contre une immense dose de vulnérabilité.

Parce qu’on ne naît pas parent, on le devient. Et on ne naît pas gestionnaire, on le devient aussi, un essai, une erreur et une discussion courageuse à la fois.

Alors, face à l’imprévu, laissez tomber le manuel invisible et offrez-vous un peu de compassion, comme celle dont a vraiment besoin un nouveau parent. Vous n’avez pas besoin d’être parfaits pour être de bons guides. Respirez, faites confiance à votre instinct, et acceptez simplement de grandir en même temps que ceux qui vous entourent. C’est le début d’une belle aventure humaine.

Partagez :

Autres articles

Contact Express

Il nous fera plaisir de vous lire pour comprendre comment nous pourrons vous soutenir.

Formulaire de contact